Le mourvèdre, améliorateur d'assemblages

Moins reconnu que les autres cépages méridionaux que sont le grenache ou la syrah, le mourvèdre est pourtant une variété qui permet d’obtenir des vins de grande qualité, notamment en Provence et Languedoc


On dit du mourvèdre qu’il a besoin de voir la mer. Ce cépage d’origine espagnol, où on le connait sous le nom de monastrell, est l’un des plus plantés dans la péninsule ibérique. On dit aussi qu’il devrait son nom aux moines qui auraient été les premiers à le cultiver dans les monastères.

Couvrant aujourd’hui près de 10,000 hectares en France, essentiellement en Provence mais aussi dans la vallée du Rhône et en Languedoc-Roussillon, le mourvèdre a pourtant failli disparaître des sols méditerranéns : en 1968, on n’en comptait plus que 900 hectares. Pour donner un peu plus de perspective à ces chiffres, avant l’épidémie de phylloxera de 1866, c’était tout simplement le cépage le plus planté de Provence, où il est planté depuis le XIVe siècle.

Que s’est-il passé ? A l’instar d’autres cépages, il a souffert de l’industrialisation du vin et a été arraché puis remplacé par d’autres variétés plus productives. En effet, le mourvèdre n’a pas un rendement très important, et il est

compliqué à élever : il a besoin de beaucoup de soleil et de chaleur mais souffre de la sécheresse, et est sensible à plusieurs maladies. Les raisins n’achèvent de mûrir que fin septembre-début octobre, et si le climat n’est pas clément, ils peuvent carrément éclater sous l’effet de la pluie et du froid. Ainsi, dans les bonnes années, les plants de mourvèdre peuvent produire en assez grande quantité, mais dans les mauvaises, pratiquement rien. C’est aussi pour cette raison qu’on ne le trouve que dans le Sud de la France: plus au nord, il ne parviendrait jamais à maturité. Avec le réchauffement climatique, il pourrait cependant s’épanouir vers d’autres régions.

Un retour en grâce en Provence et Languedoc

Tout cela a fait que les vignerons se sont détournés du vieux cépage. C’est seulement vers la fin des années 80 que l’on a commencé à effectuer des travaux de sélection clonale, ce qui a permis d’améliorer la qualité de la vigne et ses rendements – qui restent toutefois plutôt bas. Aujourd’hui, il a fini par retrouver sa place parmi les variétés emblématiques de la Méditerranée.

Mais il a aussi trouvé un certain succès en Californie sous le nom de mataro, et en Australie, où il est devenu l’un des cépages les plus importants. Et bien sûr en Espagne, pays qui continue de le cultiver en abondance. Cependant, c’est bien en France que le mourvèdre a trouvé son meilleur terrain d’expression, notamment à 

Bandol, d’où il peut voir la mer. Il est aussi un composant majeur des cuvées haut-de-gamme du Languedoc, comme Saint-Chinian, Faugères et Terrasses du Larzac.

Fort en tanins, le mourvèdre peut se produire en monocépage, Bandol étant le meilleur exemple. Mais c’est avant tout un cépage améliorateur: il est utilisé dans les assemblages pour apporter de la complexité au vin. Il est souvent associé au carignan, au grenache, à la syrah et au cinsault. C’est le cas en Terrasses du Larzac, dont il est l’un des trois cépages principaux avec le grenache et le syrah. On le trouve aussi dans le Châteauneuf-du-Pape ou le Gigondas.

Un vin rouge corsé et sauvage

Ce que garantit le mourvèdre, c’est un vin très coloré, riche en arômes, faible en acidité et bien structuré par ses forts tannins. Il se rapproche en goût du cabernet sauvignon bordelais, mais en plus sauvage et corsé. Au nez, on y trouve des notes d’épices douces, de fruits rouges et noir, de cacao, parfois un peu de cuir. Et en bouche, la palette d’arômes est large et variée : plutôt fruits rouges et épices pour les vins jeunes ; fruits noirs comme la mûre et le pruneau, voire fruits confits et truffe pour les vins plus matures, avec souvent une touche de garrigue et de réglisse. 

Attention toutefois : si vous sentez des arômes désagréables comme du caoutchouc brûlé, c’est juste un problème d’oxygénation. Il suffit d’aérer le vin en le versant dans une carafe pour les éliminer.

Côte de bœuf, bœuf bourguignon, civet de lièvre, gibier, jarret d’agneau, canard, saucisses au barbecue: le mourvèdre s’adapte parfaitement aux plats de caractère, charnus, goûtus. Mieux que ça ! grâce à son côté sauvage et épicé, ses tannins puissants, il peut même les sublimer ! Comme il est généralement fort en alcool, mieux vaut le servir autour de 16°C ou 17°C et le laisser se réchauffer doucement dans le verre. Et quand il est produit en rosé, il se marie très bien avec une tapenade, des moules, des crevettes ou des oursins, ou encore une brandade de morue.

Si vous voulez en savoir plus sur le mourvèdre des Terrasses du Larzac, nous vous invitons à vous rendre sur notre site Internet, où vous trouverez la description et le prix des vins. Nous effectuons la livraison à domicile.

28/10/2020

Thomas Poussard

Thomas Poussard est un écrivain baroudeur et touche-à-tout. Tombé dans le bain de la viticulture depuis son plus jeune âge (il est né d’une famille de bouilleurs de cru à Cognac), journaliste de formation, il a travaillé plusieurs années au groupe Sud-Ouest à Bordeaux, avant de s’expatrier au Chili en 2006. Après avoir travaillé un temps comme curateur d’informations économiques et financières, il s’est reconverti en guide touristique, a fondé une agence de voyages et s’est spécialisé dans le tourisme viti-vinicole.

Auteur d’un livre sous forme de guide pratique, « Vivre le Chili », paru en 2016 chez Hikari Editions, Thomas a également rédigé des chroniques pour la radio, des nouvelles, une biographie, et même des sketches. Il prépare actuellement une application dédiée au tourisme viti-vinicole au Chili.