Le carignan, un retour en grâce

Longtemps dénigré des amateurs de vin, le carignan est redevenu à la mode ces dernières années. La raison : quand il est bien cultivé et bien vinifié, il peut donner des vins rouges de très grande qualité.

Le carignan a mauvaise réputation. La faute à son rendement énorme : jusqu’à 200 hectolitres de vin produit par hectare de vigne.

C’est quatre fois plus que le rendement moyen des vignes en France ! A tel point que l’on disait autrefois qu’il faisait « pisser la vigne ».

Avec une telle quantité de raisin par pied, le carignan est particulièrement rentable pour la production de vin industriel bon marché, vendu en bouteilles de plastique ou en packs en carton.

C’est ce qui lui a donné mauvaise presse, et l’étiquette populaire de « gros rouge qui tache ».

Pourtant, ce cépage d’origine espagnole peut donner des vins de très grande qualité – encore faut-il savoir le cultiver et contrôler les rendements. Si le carignan n’est aujourd’hui presque plus cultivé dans la péninsule ibérique, on le retrouve en abondance dans le Languedoc-Roussillon, où il s’est particulièrement bien adapté au climat méditerranéen, appréciant la chaleur et l’ensoleillement. Il ne peut d’ailleurs pousser dans des régions plus froides et pluvieuses car il n’arrive que tardivement à maturité, généralement début octobre.

C’est un cépage qui aime les terres sèches et peu fertiles : des caractéristiques que l’on va trouver en Terrasses-du-Larzac, par exemple, mais aussi en Provence et en Corse. On estime qu’aujourd’hui, plus de la moitié du carignan dans le monde est cultivé dans le sud de la France. Le reste est éparpillé un peu partout dans le monde : Grèce, Californie, Chypre, Israël, Catalogne, Australie, Sardaigne, Amérique du Sud… pourvu qu’il y ait du climat méditerranéen.

Du savoir-faire vient la qualité

Surnommé « bois dur » à cause de ses rameaux très résistants, le cariñena est robuste, supporte bien le vent, le gel et la sécheresse. Mais il n’est pas pour autant facile à travailler pour le vigneron, bien au contraire ! D’abord, parce qu’il est sensible aux maladies. Ensuite, parce qu’il faut lui imposer de petits rendements, ce qui nécessite une taille stricte et régulière de la vigne. Enfin, parce qu’il arrive très tard à maturation, et que le raisin est naturellement acide, astringent et riche en tannins.

C’est tout le savoir-faire du vigneron que de gérer ces différents aspects et trouver le bon équilibre, tel un chef d’orchestre. Par exemple, il faut attendre le plus tard 

possible pour récolter les raisins lorsqu’ils sont très mûrs, afin d’adoucir les tannins omniprésent qui ont contribué à la mauvaise réputation du carignan.

Et pour obtenir du vin de qualité, d’autres conditions sont nécessaires : la vigne de carignan doit avoir au moins 30 ans (elle peut vivre jusqu’à 140 ans!), doit être plantée sur des coteaux bien exposés au soleil, et sur des sols pauvres et peu fertiles. Par ailleurs, comme il s’agit de vieilles vignes, les vendanges doivent s’effectuer manuellement car les tiges résistent aux machines. Dans ces conditions, on peut parvenir à limiter la production entre 30 et 70 hectolitres par hectare.

Quand le terroir fait toute la différence...

Tout cela a son importance : en effet, si on laisse la vigne produire du raisin en abondance, le fruit va perdre sa concentration en arômes et donner un vin médiocre, souvent âpre, acide et sans caractère. Celui-là même que l’on va trouver dans les vignobles des plaines, pour la production industrielle.

Mais ce vin bon marché étant de moins en moins consommé, les viticulteurs languedociens ont commencé à arracher les plants de carignan dans les années 80, pour les replanter plus haut, sur les coteaux.

C’est alors que le cépage a pris un virage à 180 degrés et que les vignerons ont troqué l’objectif de quantité pour celui de la qualité. Avec les difficultés que cela comporte pour le cultiver et le vinifier. Et ce n’est pas qu’en France : En Espagne par exemple, le carignan est utilisé en assemblage pour les grands vins du Priorat. 

 Au Chili, des vignerons se sont associés pour créer le concept « Vigno », qui produit uniquement du carignan en monocépage issu de vignes anciennes de la région du Maule, sans arrosage et cultivées en gobelet. 

Résultat : en un peu plus d’une dizaine d’années, ils ont complètement transformé la qualité du cépage, ainsi que son image, pour en faire l’un des vins les plus appréciés des connaisseurs locaux.

Un grand complément pour les assemblages

L’expérience chilienne reste toutefois une exception, la grande majorité des carignans étant utilisés pour des assemblages de vin rouge. En Languedoc-Roussillon, on les associe généralement au syrah, au grenache ou au mourvèdre. C’est le cas par exemple en Terrasses-du-Larzac, où le carignan fait partie des trois cépages de base pour réaliser les assemblages. Il permet d’ajouter du corps, des tannins et un peu d’acidité, avec en prime une couleur rouge profond.

On dit du carignan qu’il est robuste, puissant, corsé, généreux et élégant. Son acidité en fait un vin apte au vieillissement : jeune, il dégage surtout des arômes de fruits rouges et noirs, mais aussi de banane, de violette et de garrigue ; au bout de quelques années, vont ressortir les notes de café, de poivre, de cuir, et même de pain grillé. C’est donc un vin très versatile, qui gagne à être connu et reconnu.

Si vous voulez en savoir plus sur le carignan des Terrasses du Larzac, nous vous invitons à vous rendre sur notre site Internet, où vous trouverez la description et le prix des vins. Nous effectuons la livraison à domicile.

2/10/2020

Thomas Poussard

Thomas Poussard est un écrivain baroudeur et touche-à-tout. Tombé dans le bain de la viticulture depuis son plus jeune âge (il est né d’une famille de bouilleurs de cru à Cognac), journaliste de formation, il a travaillé plusieurs années au groupe Sud-Ouest à Bordeaux, avant de s’expatrier au Chili en 2006. Après avoir travaillé un temps comme curateur d’informations économiques et financières, il s’est reconverti en guide touristique, a fondé une agence de voyages et s’est spécialisé dans le tourisme viti-vinicole.

Auteur d’un livre sous forme de guide pratique, « Vivre le Chili », paru en 2016 chez Hikari Editions, Thomas a également rédigé des chroniques pour la radio, des nouvelles, une biographie, et même des sketches. Il prépare actuellement une application dédiée au tourisme viti-vinicole au Chili.