Terrasses du Larzac : des vignobles cultivés depuis l’Antiquité

L’appellation Terrasses du Larzac est toute jeune : Créée en 2004, elle n’est officiellement classée en AOC que depuis 2014. Pourtant, on produit du vin dans le Languedoc depuis plus de 2000 ans… Alors pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour reconnaître ce terroir du nord-ouest de Montpellier ?

Les historiens l’attestent : dès l’époque de l’empire romain, on fait du vin dans la région. Une voie gallo-romaine traverse le secteur et permet de développer la production et le commerce. Plus tard, sous l’impulsion des moines bénédictins installés dans la région dès l’an 782 à Aniane, Lodève et Saint-Guilhem-du-Désert, la viticulture se développe au cours du Moyen- ge. Pour ces derniers, le vin est tellement important qu’ils ne construisent une abbaye que lorsqu’ils ont l’assurance de pouvoir faire pousser de la vigne à proximité !

C’est autour de cet axe Lodève-Saint-Guilhem-Aniane que se développe ce qui deviendra les Terrasses du Larzac, sur le versant sud-est du grand causse homonyme qui s’achève ici de façon abrupte, avec de grandes falaises calcaires par endroits.

Le vin comme monnaie d’échange

Au XVIe siècle, les paysans locaux défrichent de grandes zones rocailleuses pour y planter notamment des oliviers, des amandiers, mais surtout de la vigne, souvent à flanc de falaise. Ces parcelles cultivées en terrasses sont réparties entre tous les habitants : les registres historiques montrent que tous étaient propriétaires d’au moins une pièce de vignes. A l’époque, le vin qu’ils produisent sert de monnaie d’échange. Cinq siècles plus tard, cela a encore des implications dans la région : on y retrouve toujours les bas murs de pierres qui délimitaient chaque parcelle, créant les terrasses qui ont donné leur nom à l’appellation Terrasses du Larzac. C’est leur construction qui a permis de stabiliser les sols, améliorant du même coup leur qualité pour la vigne. 

Au XIXe siècle, grâce à une augmentation des échanges commerciaux avec les régions voisines, l’ensemble des vignobles languedociens s’agrandit, Terrasses du Larzac inclus. Mais c’est de courte durée : en 1850, la vigne est décimée par des maladies, d’abord le mildiou, puis le phylloxera. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle que l’on assiste véritablement à une reprise de la viticulture dans la région.

Une région viticole humble et authentique

Depuis, les vins du Languedoc ont conquis leurs lettres de noblesse au niveau international, à travers de nombreuses Appellations d’Origine Contrôlées reconnues, dont les Terrasses du Larzac font désormais partie.

Pourquoi si tard, en dépit de ces deux millénaires d’Histoire viticole ? Peut-être parce que c’est une zone encore très rurale, composée de 32 villages reculés de l’Hérault. Peut-être aussi parce que la plupart des domaines viticoles sont de petite taille, humbles, appartenant aux mêmes familles depuis des générations, grâce à cette répartition des terres au XVIe siècle. Peut-être enfin parce que c’est un territoire qui recherche l’authenticité et qui n’a jamais bénéficié de la force de frappe commerciale de la région bordelaise, par exemple… mais qui n’a rien à lui envier en termes de qualité du vin et qui gagne à être (re)découvert.

23/11/2020

Thomas Poussard

Thomas Poussard est un écrivain baroudeur et touche-à-tout. Tombé dans le bain de la viticulture depuis son plus jeune âge (il est né d’une famille de bouilleurs de cru à Cognac), journaliste de formation, il a travaillé plusieurs années au groupe Sud-Ouest à Bordeaux, avant de s’expatrier au Chili en 2006. Après avoir travaillé un temps comme curateur d’informations économiques et financières, il s’est reconverti en guide touristique, a fondé une agence de voyages et s’est spécialisé dans le tourisme viti-vinicole.

Auteur d’un livre sous forme de guide pratique, « Vivre le Chili », paru en 2016 chez Hikari Editions, Thomas a également rédigé des chroniques pour la radio, des nouvelles, une biographie, et même des sketches. Il prépare actuellement une application dédiée au tourisme viti-vinicole au Chili.